08 mai 2008
Les pages d'un livre
Certains seront heureux de lire ce qui suit, d'autres ne comprendront pas, mais cela vaut peut-être la peine d'être exprimé.
Prenons la vie comme un livre, avec des chapitres, des pages qui se tournent les unes à la suite des autres pour narrer une histoire, des mots mis bout à bout donnant un sens, des sens à tout ça, à ce vécu, à ces moments partagés ou non. Lorsque l'on lit un récit, les pages sont englouties une à une, chaque mot est dégusté, chaque phrase fait office de dessert. Chacune des lignes est parcourue dans l'attente d'un rebondissement, d'un événement particulier, d'un clin d'oeil à notre propre histoire.
Mais, ce livre, là-bas sur l'étagère, c'est bien notre vie. Le narrateur, c'est bien nous. La seule chose qui pourrait se révéler être un problème tient dans le fait qu'on ne peut connaître la fin avant de l'avoir vécue. On a beau la penser de mille et une façons, la fin vraie est indicible, inaccessible... on peut la toucher du doigt en cornant une page, ou plutôt en laissant le temps faire son oeuvre tel un marque-page. Certaines pages sont éternellement cornées pour se rappeler incessament à notre mémoire, pour qu'on les lise à nouveau, pour qu'on les partage encore malgré le silence des mots nouveaux, malgré le murmure des pages printanières écrites à la va-vite. On peut souhaiter tourner la page cornée, on peut croire y parvenir... Et la vérité nous rattrape, cette page, ces mots sont toujours notés dans un coin de notre âme, ils chantent encore l'inachevé perpétuel. Cette page réapparaît quand la nuit s'éveille, que les étoiles se lèvent.
On pourrait se laisser aller à penser que la fin est là, que l'on a enfin réussi à gagner la partie contre ce souvenir, contre cet avenir incertain... on ouvre alors, au hasard, ce livre là-bas sur l'étagère de nos pensées et l'on tombe sur cette page presque déchirée à l'endroit corné. On comprend violemment et tendrement, une douce boule au fond de la gorge que cette page ne peut être tournée dans l'unique but de tendre à sa fin, de connaître la fin. Le malheur noble est vainqueur de cette bataille de tous les temps.
27 avril 2008
J'aimais mieux quand c'était toi...
Note importante : "je" est un narrateur dans ce qui suit.
J'aimais mieux quand c'était toi... Oui, j'aimais mieux quand c'était toi qui faisait retentir la sonnerie de mon téléphone, j'aimais quand c'était toi qui faisait résonner des pas dans la brume du matin, j'aimais mieux quand c'était toi qui me enfantait mes rires, j'aimais mieux quand c'était toi qui me réveillait d'un baiser, j'aimais mieux quand c'était toi qui me faisait sourire, j'aimais mieux quand c'était toi qui dansait les mots, j'aimais mieux quand c'était toi qui sentait le parfum du crépuscule amoureux... Oui, j'aimais mieux quand c'était toi...
Ce n'est plus toi. J'ai beau rêver, imaginer, espérer, grandir, penser, divaguer dans les méandres du soleil couchant, ce n'est plus toi. Je ne le crois pas, je ne le veux pas. Ce n'est pas toi qui pourrait faire cela. Et pourtant, tu l'as fait, tu l'as accompli, tu l'as détruit. Tout n'était que fourberie, tricherie, superchérie. Tu n'étais pas toi, mais j'étais moi. Tu as détruit ma falaise, tu as détruit tout ce que je suis, tu as piétiné sciemment chacun de mes verbes, chacun de mes émerveillements. Tu m'as brisée pour t'amuser. Je ne peux croire tout cela, cela ne peut être toi. J'ai longtemps contemplé tes mots, je les ai chéris, je les ai bus, je les ai tout bêtement aimés. peut-être ai-je trop aimé, peut-être ai-je trop rêvé, peut-être me suis-je trop laissée porter par la mélodie de ton âme?
Je suis là, à t'attendre, je ne peux me résoudre à cette bassesse, à cette trahison, à la douceur du soir devenue amère, glacée comme les sanglots que je ne peux laisser échapper. L'impuissance se lit dans mes yeux, je suis désormais une toute petite chose blessée, lésée par le temps qui s'égraine à allure folle. Je regarde défiler chaque seconde, piégée dans ce carquant de certitudes et d'incertitudes. Je le savais, je le savais que tu ne serais pas là. Malgré tout, j'y croyais, j'y crois, je le souhaite.
Il est tard, il est trop tard. Ton âme vogue vers d'autres cieux pendant que mon âme chante la mélancolie. Cette mélancolie se nourrit de chacun des bruits qui m'entourent. Ces pas dans le couloir pourraient être les tiens, auraient pu être les tiens, ce ne sont pas les tiens, mais ceux d'un voisin. Cette clé dans une serrure? non, tu n'as pas de clé. Ces pas dans l'escalier? non, j'habite au rez de chaussée. Cette porte qui claque? ce n'était pas toi, ce n'est pas et ça ne sera pas toi. Cette porte exprime la fin de jolis moments, la fin d'une histoire, la fin d'une absence d'histoire, la fin de l'osmose des mots partagés, murmurés, enjolivés. Tout n'était que fioritures.
Les oiseaux ont cessé de chanter, ils ont compris - eux - que tu ne viendrais pas. Moi aussi, je l'ai compris. Je l'ai su avant même l'heure de ton arrivée programmée, je l'ai senti. J'ai détesté cet instant. Et pourtant, je t'attends. Oui, je t'attends encore. Un jour viendra, je ne t'attendrais plus, j'aurais disparu, les mots ne seront que des mots sans valeur, les rêves ne seront que des rêves, l'espoir aura rendu l'âme. L'espoir aura craché mon âme. Je ne serai plus à toi, je serai libre quand la falaise aura cédé, quand tout sera détruit.
Mais j'aimais mieux quand c'était toi...
Au moins, ceux qui voulaient à tout prix que je sois fixée vont être heureux du résultat.
08 mars 2008
Vais-je finir mes jours ensevelie dans du béton?...
Au détour d'une après-midi de shoppingage, à la recherche d'une robe pour un mariage de mai, je découvre un petit bijou cinématographique. Comment résister? Aucun moyen ne peut m'empêcher de succomber à ce voyage du coeur et de l'âme... il est donc mien.
Ce film me transporte vers d'autres Cieux, vers des rêves, vers une histoire inachevée, vers les méandres qui palpitent, vers mon petit bordel à moi...
Alors suis-je cap? pas cap? telle est la question... J'ai toujours pris l'habitude de me dire que je suis cap, mais jusqu'à quel point? Cap de ravaler son orgueil et de tenter à nouveau un vrai pas en avant? Cap de prendre le téléphone et de composer ce numéro? Cap de m'avouer que je ne peux lutter? Cap de se laisser porter sans signe de lutte apparente? Cap de prononcer 3 petits mots presque insignifiants pour la majorité des gens? Cap d'attendre que les secondes nocturnes s'effilochent, assise sur les marches d'un immeuble pour revoir un pari ou un Paris?
Parce que quand même, je suis cap de pas mal de choses : cap de lancer des regards assassins à l'assistant du service, cap de passer un oral de gynéco 8 jours après une intervention chirurgicale sur ma petite personne, cap de passer des exams avec une cholécystite aigue, cap de bosser plus de 24 heures non stop, cap d'envoyer un texto en plaçant "oeuf de poule en peluche", cap de dire merde à tout le monde, cap d'envoyer bouillir n'importe qui, cap de tout remettre en question, cap de monter à cheval avec une bombe à l'envers (oui, oui, c'était un pari), cap de danser façon disco à cheval, cap de me pencher juste au bord de la falaise, cap de démarrer comme une furie pour faire enrager les gens, cap de faire les pires coups vache en voiture just for fun, cap de raconter les pires bobards pour me sortir de toute situation... CAP!
Mais, surtout cap de croire en un lien indestructible, en un lien éternel, en un lien vivant malgré l'absence, en ces petits riens qui s'envolent sans cesse vers cet autre et vous transporte à ses côtés...
Alors, cap ou pas cap de poursuivre ce rêve réel? A toi la boîte de nos secrets? Ou à moi? A nous la fin heureuse? A nous ce tourbillon de passion?