Ma blouse, mon stétho et mes chaussures

Le bric à brac d'une jeune femme un peu barrée, quelques tranches de vie d'une externe, ses chaussures et son monde extraordinaire...

29 mars 2008

On range...

Cette semaine, un petit monsieur de plus de 90 ans s'en est allé retrouver les anges... Cela s'est passé par une matinée pluvieuse. Nous autres, "médecins" faisions la visite de mi-journée, quand à 12h19, un infirmier débarque dans le sas en disant "12h17". Nous avions compris, le patient de la chambre X était décédé...

Comment accepter que l'on m'annonce le décès d'un personne en énonçant simplement l'heure du drame pour la famille du patient? Comment ne pas être touchée en pensant à sa petite-fille? à son épouse? à son jardin qui va dépérir sans les bons soins qu'il lui prodiguait? Comment ne pas avoir une sensation humide derrière mes lunettes?

Et pourtant, la visite se poursuit presque comme si rien ne s'était passé, comme si il ne s'était rien passé, aucun commentaire, aucun mot, rien... je finis par penser qu'il n'y avait donc rien à signaler... certains poursuivent leurs rires en réponse à une plaisanterie de l'un d'eux, dans le sas suivant. Et je ne peux m'empêcher de penser à cet homme en train de monter aux Cieux...

Nous arrivons au sas fatidique, près de la chambre fatidique... les médecins entrent dans la chambre, l'un d'eux empoigne le stétho et écoute l'absence de bruit du coeur de cet homme, que j'aperçois à travers la vitre, étendu sur son lit de mort, les yeux encore ouverts. Le coeur ne bat plus, les poumons ne respirent plus. Il est mort, il est officiellement mort, mort sans accompagnement familial, sans accompagnement amical... mort avec un infirmier comme seul public... Le chef de service passe un doigt sur les paupières du défunt pour fermer ces yeux qui ne verront plus jamais...

Les médecins sortent de la chambre chacun leur tour. Une fois de plus, aucune parole n'est prononcée... je suis désespérément seule face à la mort d'un inconnu... je ne parviens pas à sortir de cet état de torpeur... les yeux secs et mouillés à la fois, je regarde les autres, je cherche une pointe de tristesse au fond de leur âme, je ne vois pas grand chose... Je ne remarque qu'une chose : l'un des médecins s'empare du dossier du patient, on jète les étiquettes restantes, on efface le tableau... on efface toute trace de son passage... on daigne prévenir la famille... Je suis là, face à cette scène, les yeux vagues, je ne veux pas croire à ce détachement...

Monsieur de la chambre x, je me souviendrai de vous, vous faîtes désormais partie de mon histoire. Paix à votre âme.

Posté par Plumee à 20:16 - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


10 mars 2008

Les hommes et les chaussures...

Vais-je oser tenter un parallèle entre les hommes et les chaussures? La réponse est oui, bien sûr que oui. L'externe aime trop les défis pour ne point relever celui-ci.

Toute femme qui se respecte aime les chaussures, elle a néanmoins un autre penchant : les hommes.

Imaginez-vous virevolter de vitrine vitrine, vous repérez une paire de chaussures que vous trouvez très agréables à regarder, vous vous arrêtez, vous rentrez dans la boutique, vos yeux marquent une pause et vous décidez de revenir une jour prochain pour faire votres ces chaussures...
Quelques jours plus tard, vous vous rendez à nouveau dans cette petite échope, vous regardez à nouveau l'objet de votre visite... vous êtes déçue, vous prenez ces pièces convoitées dans vos mains et les tournez en tous sens pour en arriver à la conclusion que "non, non, çà ne va pas, je ne comprends pas ce que je leur ai trouvé la dernière fois".

Désormais, imaginez-vous virevolter dans la rue, dans un parc, n'importe où, vous repérez un charmant jeune homme -ou moins jeune, chacun ses goûts- que vous trouvez très agréable à regarder, vous jetez des regards furtifs qui s'accentuent peu à peu. Vous vous rapprochez de l'objet du déli, vos yeux marquent une pause, vous décidez de revoir cet homme un jour prochain...
Quelques jours plus tard, vous croisez à nouveau le charmant jeune homme, vos yeux se posent à nouveau sur lui, vous échangez quelques mots... mais, là aussi, vous êtes déçue et vous en arrivez à la conclusion que "non, non, çà ne va pas, je ne comprends pas ce que je lui ai trouvé la dernière fois".

D'autres exemples très bientôt...

Posté par Plumee à 22:20 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

08 mars 2008

Vais-je finir mes jours ensevelie dans du béton?...

Au détour d'une après-midi de shoppingage, à la recherche d'une robe pour un mariage de mai, je découvre un petit bijou cinématographique. Comment résister? Aucun moyen ne peut m'empêcher de succomber à ce voyage du coeur et de l'âme... il est donc mien.

Ce film me transporte vers d'autres Cieux, vers des rêves, vers une histoire inachevée, vers les méandres qui palpitent, vers mon petit bordel à moi...

Alors suis-je cap? pas cap? telle est la question... J'ai toujours pris l'habitude de me dire que je suis cap, mais jusqu'à quel point? Cap de ravaler son orgueil et de tenter à nouveau un vrai pas en avant? Cap de prendre le téléphone et de composer ce numéro? Cap de m'avouer que je ne peux lutter? Cap de se laisser porter sans signe de lutte apparente? Cap de prononcer 3 petits mots presque insignifiants pour la majorité des gens? Cap d'attendre que les secondes nocturnes s'effilochent, assise sur les marches d'un immeuble pour revoir un pari ou un Paris?

Parce que quand même, je suis cap de pas mal de choses : cap de lancer des regards assassins à l'assistant du service, cap de passer un oral de gynéco 8 jours après une intervention chirurgicale sur ma petite personne, cap de passer des exams avec une cholécystite aigue, cap de bosser plus de 24 heures non stop, cap d'envoyer un texto en plaçant "oeuf de poule en peluche", cap de dire merde à tout le monde, cap d'envoyer bouillir n'importe qui, cap de tout remettre en question, cap de monter à cheval avec une bombe à l'envers (oui, oui, c'était un pari), cap de danser façon disco à cheval, cap de me pencher juste au bord de la falaise, cap de démarrer comme une furie pour faire enrager les gens, cap de faire les pires coups vache en voiture just for fun, cap de raconter les pires bobards pour me sortir de toute situation... CAP!

Mais, surtout cap de croire en un lien indestructible, en un lien éternel, en un lien vivant malgré l'absence, en ces petits riens qui s'envolent sans cesse vers cet autre et vous transporte à ses côtés...

Alors, cap ou pas cap de poursuivre ce rêve réel? A toi la boîte de nos secrets? Ou à moi? A nous la fin heureuse? A nous ce tourbillon de passion?

Posté par Plumee à 23:43 - La vie, son oeuvre - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

07 mars 2008

L'externe

Après avoir lu une petite liste "tu sais que tu es infirmière quand", je me devais de créer une liste "tu sais que tu es étudiant en médecine quand"! C'est parti!

Tu sais que tu es étudiant en médecine :

- quand le concours de PCEM1 en poche, tu commences à fantasmer sur ta future blouse blanche
- quand tu es on ne peut plus fier de ton premier stétho
- quand tu écoutes ton propre coeur avec ton achat du jour : ton premier stétho
- quand la veille de ton premier jour de sémio à l'hôpital, tu ne dors pas de la nuit parce que tu es tout excité à l'idée de voir des patients (oui, au fond de toi, tu es persuadé qu'à partir de la P2 -M2 pour mes copains rennais- tu vas pratiquer la médecine)
- quand tu enfiles ta première blouse, seul chez toi, pour voir ton image dans le miroir

- quand tu commences à chercher ce que le mot "vacances" peut bien vouloir dire
- quand tu reçois ta paye mensuelle et que tu te dis "mouais, 103.44 euros pour 5 matinées de boulot dans la semaine, c'est vraiment pas cher payé"
- quand tu comprends qu'une garde de dimanche ou de jour férié est payée 22 euros, comme une garde de jour normal
- quand tes amis te disent : "c'est normal que tu sois mal payée car plus tard, toi, tu seras riche"
- quand tu as envie de taper sur tes amis après avoir entendu ce qui précède
- quand après une matinée de stage, tu es à la limite du globe vésical
- quand après une matinée de stage (8h-15h), tu dois rentrer chez toi et bosser dans les bouquins pour la partie la moins difficile des études de médecine, l'internat (oui, oui, tous les gens ont coutûme de dire qu'une fois le concours de PCEM1 en poche, le plus dur est fait... mais bien sûr, et la marmotte : vous connaissez la suite)
- quand après cette matinée 8h-15h, le boulot dans les bouquins, il est 18h et que tu dois aller prendre ta garde aux urgences à 18h30... et que tu vas bosser jusqu'à 8h30 le lendemain.
- quand tu as compris que urgences ne veut pas dire urgences mais plutôt "le médecin est fermé après le film le dimanche soir et je suis tombé hier, donc je voulais savoir si j'avais quelque chose d'anormal"

- quand ton prénom se transforme en "l'externe"
- quand tu en as raz le bol que tous le personnel médical t'appelle "l'externe" alors que çà fait plus d'un mois que tu bosses avec eux
- quand lorsque tu entends le mot "externe" dans le rue, tu te retournes la peur au ventre et finis par rire de ta bêtise
- quand tu déconnes avec les infirmier(e)s du service sur le dénomination "externe" parce qu'il vaut mieux en rire qu'en pleurer
- quand certain(e)s infirmier(e)s te mettent des bâtons dans les roues quand ils te servent (cf. un article précédent)
- quand tu jubiles lorsque l'infirmière précédente se fait souffler dans les bronches par le chef et que dès lors, ta journée est ensoleillée
- quand tu te pètes le dos en brancardant tes patients en radio pendant tes gardes car les brancardiers ne pourront pas être là avant 45min

- quand tu as déjà été obligé de quitter la chambre d'un patient pour cause de fou rire incontrôlable
- quand tu rêves de dormir alors que ce patient vient pour maux de gorge à 4h du matin
- quand tu es appelé pour faire un ECG à 6h du matin
- quand tu te demandes pourquoi tu as voulu faire médecine
- quand tu te dis que malgré tout, tu aimes ce que tu fais
- quand tu râles avant une garde aux urgences et que tu t'éclates en bossant toute la nuit et en "touchant" du patient

- quand tes amis t'appellent tous les 2 jours pour savoir pourquoi ils ont mal au ventre ou ailleurs
- quand tes copines te parlent de leurs oublis de pilule, de leurs cystites et de leurs règles douloureuses
- quand tes copains te parlent de leurs problèmes d'érection ou d'enfilage de préservatif
- quand tu ne peux pas t'empêcher de demander le détail des analyses de la prise de sang de ta grand-mère
- quand tu fais un examen rhumatologique à tes grands-parents
- quand tu cherches de quoi pourraient bien être atteints les gens que tu croises en te baladant

Posté par Plumee à 13:45 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

06 mars 2008

Pérégrinations matinales

Il est 7h, j'ai déjà dix minutes de retard sur mon emploi du temps. Je devais partir à 6h50, il est désormais trop tard. Je sors de chez moi en allongeant le pas petit à petit, mes chaussures résonnent dans la rue, rue encore vide à cette heure et en cette période de vacances, chacun de mes pas prend toute son ampleur. Un pas dans une vie, ce n'est pas grand chose, mais cela représente beaucoup si on y réfléchit bien. Au rythme des pas, mon esprit virevolte en tout sens "chaussures, nain, talons, métro, bus, quelle heure est-elle?, blouse, stétho, entrée d'un nouveau patient dans le service, histoires, souvenirs, sourires, larmes, vie, temps, retard...".

Le bruit du métro qui arrive me sort quelque peu de cette torpeur nommée "divagation matinale". Je monte dans un wagon, je m'assieds et le vagabondage peut reprendre en toute tranquillité (ou presque). Je ne sais trop où mon esprit va me mener en ce voyage, mais il semble qu'il veuille me diriger vers le passé, vers de belles histoires, vers de beaux moments.

C'est alors que je me retrouve quelques années en arrière, en train de marcher sur une petite route tortueuse de Normandie, à 5h du matin, regardant les étoiles, au milieu d'un brouillard protecteur... assise sur une espèce de couverture au milieu d'un champ de blé fauché... mangeant des mures à 7h du matin pendant que le jour se lève et que le ciel arbore des teintes rosées...

Puis, me voici le premier janvier 2006, devant un gymnase de loire atlantique, debout, pieds nus, mes chaussures se tenant à côté de moi, un verre de vodka* caramel à la main, les yeux plongés dans ceux d'autrui, échangeant des idées sur l'évolution, la vie... le froid revigorant mes pauvres pieds, la chaleur du vin* blanc moëlleux réveillant le coeur...

Et enfin, sur mon ancien petit balcon, nuit de septembre, étoiles filantes du coeur et de l'âme, sauternes*, deux paires d'yeux en symbiose osmotique, un peu de magie, beaucoup de poudre de tendresse...

Je prends conscience, dans ce métro, que j'ai vécu de belles histoires.

Le reste de la journée est marquée par des pansements, des observations, des examens cliniques, 7 heures de boulot non stop, pas le temps de boire un verre d'eau, une fatigue grandissante.

Posté par Plumee à 17:00 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

01 mars 2008

Les volets...

Si vous avez des fenêtres (ce que je souhaite), vous avez probablement des volets (oui, jusque là, c'est trapu ce que je raconte aujourd'hui), je ne vais donc rien vous apprendre en affirmant que des volets s'ouvrent et se ferment régulièrement...

Néanmoins, l'ouverture de ses volets est un moment privilégié, l'instant où notre museau peut hûmer l'air matinal (ou moins matinal lors des retours de gardes, ou des retours de soirées pour ceux qui ont le temps), l'instant où l'on découvre le soleil, les nuages, la pluie, la bruine, le vent, la brise (oui, même à Paris, la brise existe, je le jure... tout du moins, elle existe dans les yeux, dans le coeur, dans l'âme... ou sur les bords de Seine avec une petite bruine presque crachin breton...), parfois un reste de ciel étoilé, un croissant de lune, ou encore le soleil que l'on devine derrière un brouillard ou une brume légère... Tout début de journée devrait consister en une contemplation active de l'extérieur. Gonflez-bien vos poumons (non, je n'ai pas mon stétho à la main quand mes yeux se perdent dans le temps qui passe le matin et que je regarde en m'ouvrant à une nouvelle journée) et profitez de cet instant privilégié qui pourrait conditionner votre future journée...

Chaque soir, en fermant ses volets, la jeune femme aux volets verts bouteille (très campagne mes volets) ne peut s'empêcher de contempler, à nouveau, le ciel, havre de paix de son esprit... de chercher la moindre petite étoile qui brillerait au sein des nuages de la vie, au milieu des lumières descendantes de la ville... cette ville qui oublie de gronder le mal-être de ses habitants en ces soirées où l'on devine l'humanité cachée tout là-bas derrière les dessins des traînés nuageuses. Et puis, vient le moment de fermer ses volets... moment attendu puisque merveilleux, le silence qui enveloppe, les yeux en émoi, le sourire qui se dessine dooucement, les pupilles dilatées par l'obscurité, le coeur qui bat la chamade devant le spectacle des secondes qui s'égrainent à folle vitesse, l'esprit qui vagabonde tendrement...

Puis, vient le moment de clore ce chapitre, de fermer les volets... pour mieux les ouvrir le lendemain... pour mieux rêver cette nuit... pour mieux se laisser tenter par la vie qui palpite... pour être soi... pour quitter toute obligation, toute routine... pour rejoindre, peut-être un jour, cet autre qui compte ou comptera... pour aimer, se laisser aimer... mais plus que tout pour avoir un esprit libre de cette douce folie...

Posté par Plumee à 19:22 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1